La Fraîcheur
La mort des pratiques
Il y a cette chose étrange qui arrive aux gestes qu’on répète avec amour, cette lente calcification du vivant sous la croûte de l’habitude, et un matin tu te réveilles en sachant exactement comment faire sans plus savoir pourquoi.
Tu médites.
Le corps fait.
L’esprit compte les minutes.
Le mental est un locataire patient. Il attend que tu t’absentes. Puis il s’installe dans le fauteuil encore chaud, et il imite si bien ta voix que personne ne remarque que tu n’es plus là.
Alors tu parles de présence depuis le souvenir d’avoir été présent, tu décris le goût de l’eau à quelqu’un qui a soif avec des mots que tu as appris quand tu buvais encore, et le pire, c’est que ça sonne juste.
Ca sonne tellement juste que tu ne vois pas que tu récites.
Mais quelque chose veille,
une clarté qui parfois traverse,
douce comme une main sur l’épaule :
ah, je suis dans ma tête.
Et c’est là que tout le chemin paye.
Le carrefour, soudain visible.
Tu peux rester dans la pensée. Elle a le droit d’être là.
Tu peux revenir au corps. Il attend, patient.
La beauté est dans la foi tranquille que tu reviendras.
Peut-être dans une heure.
Peut-être dans un souffle.
Mais bientôt.
La routine est le rappel qu’il y a un chemin.
Et la fraîcheur,
la fraîcheur,
c’est ce frisson quand tu réalises que tu peux encore choisir, que le mouvement continue, que rien n’est joué, que tout recommence,
maintenant.
Parce que t’aimer vraiment, c’est savoir que tu reviens toujours. Ce n’est pas toi qui renouvelles la pratique. C’est la pratique qui te renouvelle quand tu acceptes d’y revenir nu.
